Nymphomanie : réalité pathologique ou mythe sexiste ?


Sensuelle Estelle 12 septembre 2019

Une femme enchaîne les coups d’un soir, elle fait souvent l’amour, conclusion : elle est nymphomane ! Considérée comme un trouble psychologique, l’historienne Carol Groneman estimerait plutôt que « la nymphomanie est une métaphore, une expression des fantasmes, des peurs et des angoisses associés à la sexualité féminine à travers les âges ».

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Originaire de la mythologie greco-romaine, la nymphomanie provient de l’étymologie de « nymphê », qui signifie jeune fille nue, et du grec « mania », qui désigne la folie. « Ce mot avait une connotation très péjorative » déclare . Il attribuait un appétit sexuel exacerbé chez la femme, selon un caractère pathologique.

Nymphomanie : une sexualité féminine qui ne rentre pas dans les « normes » ?

Ce mot apparaîtrait en premier au 18ème siècle dans La nymphomanie et le traité de la fureur utérine, écrit par Bienville. Dans son ouvrage, le docteur en médecine qualifiait la nymphomanie de « fureur utérine », soupçonnée d’être liée à un dysfonctionnement de l’utérus. Il était jugé coupable de provoquer ces envies sexuelles outrancières chez la femme, dites « anormales » à l’époque.

Comme l’explique Marjorie Cambier :  « les femmes qui se masturbaient, qui avaient du plaisir ou parfois simplement du désir, un désir sexuel naturel, étaient considérées comme gravement malades, et c’est d’ailleurs à ce moment-là que les médecins ont commencé à parler d’hystérie, une maladie exclusivement féminine, dont le terme est étymologiquement lié à utérus« .

Au 19ème siècle, la définition de la nymphomanie prendrait une tournure plus « dramatique » : le sexologue Allemand, Krafft Ebing, décrirait la femme nymphomane comme « souffrant d’une exagération morbide des instincts sexuels« . Entre autres, la nymphomanie s’associait à une maladie psychique féminine grave et souvent mortelle. Ce terme a finit par orner les pages du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux en 1980.

« Jusqu’au 19ème siècle, voire jusqu’à la seconde moitié du 20ème siècle, la sexualité était taboue » selon la sexothérapeute. Elle subissait un certain contrôle : « elle n’était tolérée que dans sa perspective de procréation. Le corps était sale, objet du pêché ». Encore plus du côté des femmes : « il faut bien comprendre que, jusqu’aux recherches de Masters et Johnson dans les années 1970, les médecins partaient du principe que les femmes n’avaient pas de plaisir, pas de désir sexuel, rien. Une femme digne de ce nom n’éprouvait pas ces choses-là«, affirme Marjorie Cambier.

Des traitements pouvant aller jusqu’à la mutilation

Les médecins du XXème siècle instauraient leurs propres méthodes pour éradiquer ce « mal ». « L’une d’elles consistait à masser les femmes au niveau de leur sexe pour qu’elles puissent lâcher toutes ces « mauvaises tensions ». C’est d’ailleurs comme ça qu’ont été inventés les premiers vibromasseurs. Il « fallait » calmer les femmes, et les décharges orgasmiques qu’elles éprouvaient étaient vues comme des preuves à posteriori de leur pathologie » indiquerait la sexothérapeute Marjorie Cambier.

Le sort des femmes, dont l’appétit sexuel était jugé trop féroce, pouvait être bien plus extrême. Certaines se retrouvaient internées, voire étaient « amputées de leurs ovaires, de leurs utérus, mais également excisées » ajouterait Marjorie Cambier, « tout ça parce que finalement, la sexualité féminine faisait peur. On enlevait les organes problématiques, au même titre que des psychiatres de l’époque victorienne pratiquaient la lobotomie pour vaincre les délires paranoïaques et autres maladies psychiques ».

De la nymphomanie à l’hypersexualité

Le concept de nymphomanie se voit remplacé par le terme d’hypersexualité, au début du 21ème siècle, un changement qui ne rend pas moins flou cette définition d’hypersexualité. La psychologue et sexologue clinicienne décrit qu’une « femme qui a envie d’avoir trois relations sexuelles par jour, et ce, de manière récurrente, peut être nymphomane« . Pourtant, elle ajoute qu’il « y a une grande différence entre cette névrose obsessionnelle et une envie fréquente de faire l’amour« . Mais dans ce cas, comment discerner une personne atteinte d’hypersexualité d’une personne qui a un fort appétit sexuel ?

D’après la sexothérapeute Marjorie Cambier,  « le corps médical s’accorde à dire qu’une femme souffre d’addiction au sexe quand sa recherche de sexe devient systématique, inadaptée, qu’elle prend tellement de place qu’elle a des répercussions sur sa vie sociale, professionnelle, et qu’elle en souffre psychologiquement. Elle cache ses troubles, elle en a souvent honte. »

Cette description pourrait éventuellement être plus parlante. Malgré tout, cette barrière, entre cette sexualité « excessive », devenant pathologique et cette sexualité exacerbée sans pour autant l’être, est difficile à établir.

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