Sexe : sommes-nous gouvernés par notre biologie ?


Clarisse Luiz 30 mai 2019

Vous avez certainement entendu que « le cerveau est le premier organe sexuel », mais qu’en est-il vraiment ? Quand la matière grise se laisse griser, il y a beaucoup à raconter…

Ces hormones qui contrôlent notre désir de façon inconsciente…

Sigmund Freud, une des premières figures à s’intéresser au sujet, écrivait en 1905 dans Trois Essais sur la Théorie de la Sexualité : « Nous sommes maintenant autorisés à croire que la partie interstitielle des glandes génitales produit des matières chimiques d’un caractère particulier, qui, véhiculées par la circulation sanguine, amènent certaines parties du système nerveux central à un état de tension sexuelle. »

Ici, Freud présentait l’intuition de la testostérone (qui ne sera réellement découverte qu’en 1935). Sécrétée majoritairement par les gonades (les testicules chez l’homme, les ovaires chez la femme, en moindre quantité), cette hormone va inviter l’homme en désir sexuel à dépenser une forte énergie pour l’accouplement.Chez la femme, l’intensité du désir sexuel serait davantage liée à la modulation de l’œstrogène, et est donc variable durant son cycle, atteignant un pic lors de l’ovulation. Si ces hormones sont toutes deux stimulées par l’hypothalamus, une partie de notre cerveau garante de la bonne régulation des hormones dans le corps, leur libération tient plus de l’automatisme biologique que d’un quelconque choix conscient.

« Les scientifiques distinguent alors l’activité hormonale de l’activité cérébrale, que l’on pourrait appeler “le comportement érotique”. Celui-ci tient plus du domaine psychique, que de l’expérience de chacun. » rappelle Arthur Vernon, auteur de La Vie, L’Amour, Le Sexe.

Ainsi donc, on pourrait différencier le déterminisme biologique (les hormones sexuelles comme la testostérone) qui nous attirent les uns vers les autres, du comportement érotique, intimement lié à notre circuit de la récompense (et qui déclenchent la libération des hormones du plaisir comme la dopamine) qui induisent des préférences sexuelles. Typiquement, « aimer lécher les pieds » est une pratique sexuelle qui ne procurera pas le même plaisir à tous les individus (car notre circuit de la récompense est différent d’un à l’autre).

Certains adoreront et recevront un plaisir cérébral très intense, d’autres pas. Et cette préférence sexuelle particulière tient pour beaucoup de notre culture, de notre environnement et de notre passé. Ce qui fait qu’en matière de désir sexuel, nous sommes si différents. 

Le désir sexuel, les fantasmes et l’amour inconscient…

S’il devait y avoir un ressort des plus influents dans notre comportement érotique, c’est bien celui de notre imagination. « Dans tout le règne animal, le sexe est une formidable machine à camouflages, dissimulations et autres “tromperies sur la marchandise”. » explique Peggy Sastre, journaliste et auteure scientifique sur les questions sexuelles. Et l’homme n’est pas épargné de ces stratégies animales. « Il m’arrive d’avoir très envie de sexe à certains moments. Mais parfois, l’acte ne commence pas de la bonne façon et l’excitation retombe. Alors, pour me remettre dedans, il faut que je fantasme. Je demande à mon partenaire de verbaliser quelques mots, ça peut être des insultes ou une phrase crue qui me fasse décoller dans un autre imaginaire… » nous explique Lady Shagass, 28 ans, auteure du blog .

Si naviguer dans son imaginaire est une formidable source de désir, la relation à l’autre (d’amour, de haine, de domination ou de soumission) est aussi un élément récurrent dans l’émotion cérébrale ressentie durant l’acte sexuel. Selon l’anthropologue Fisher, « Un des systèmes mis en place dans notre cerveau pour faciliter la reproduction serait celui de l’amour romantique, ciblant un partenaire d’accouplement particulier. Son état se caractérise par une énergie débordante, une attention soutenue – pouvant très facilement prendre la forme de pensées obsessionnelles – envers la personne aimée, sous l’action principale de trois neurotransmetteurs : l’adrénaline, la dopamine et la sérotonine. »

Car le cerveau peut se montrer un formidable allié lorsqu’il s’agit d’aller sous la couette. Comme votre pire ennemi.

(Photo à la une : Getty Images)

À lire aussi…

Pourquoi faire l’amour rend intelligent ?

Pourquoi lire vous rend sexy ?

Étiquette:

Réagir à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

cmsforever.ru