Contraception féminine : la stérilisation volontaire, un parcours du combattant


Clarisse Luiz 15 juin 2019

Selon la loi femmes sont autorisées à ne pas ou ne plus vouloir d’enfants et avoir recours à une stérilisation volontaire. Pourtant le corps médical ne semble pas le voir du même oeil…

En France, depuis 2001, il est possible de se faire stériliser comme moyen de contraception définitif.

Mais si on parle souvent de la vasectomie, la stérilisation volontaire féminine est régulièrement passée sous silence. Pourtant, en 2016 d’après l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Insert), 4,5% de Françaises y avaient eu recours, soit entre 40 et 50 000.

Si en théorie, toute femme d’au moins 18 ans est en mesure de se faire stériliser, la réalité est toute autre.

Stérilisation volontaire : moyen de contraception définitif

La stérilisation est un acte chirurgical qui consiste à « couper » la voie qu’empruntent les spermatozoïdes pour accéder aux ovaires afin de rendre la fécondation impossible. Elle se distingue des autres méthodes contraceptives car elle empêche définitivement la procréation. Avant 2001, elle était interdite car assimilée à une mutilation volontaire. Aujourd’hui, malgré sa légalité, c’est une pratique qui fait l’objet de nombreuses interrogations tant sur le plan physique que psychologique, notamment dues aux éventuels risques de regret.

Par mesure de précaution, la loi exige que les personnes voulant y avoir recours disposent d’un délai de réflexion de quatre mois entre le premier et le deuxième rendez-vous avec le même professionnel (généralement le chirurgien). À l’issu de la seconde consultation, elles doivent confirmer par écrit leur volonté de faire l’intervention.

Toujours pas accepté par les gynécologues…

Entre la prise de décision et l’acte de stérilisation en lui-même, plusieurs mois s’écoulent. Et si l’on en croit les nombreux témoignages de femmes qui ne souhaitent pas ou plus avoir d’enfant, parvenir à se faire stériliser est plus compliqué que prévu. Manque d’informations, pression sociale, médecins peu enclins à la pratiquer, bref un véritable parcours du combattant

Le site a lancé un appel à témoin et les témoignages sont édifiants. Non seulement il reste encore très difficile de trouver des praticiens qui effectuent l’opération, mais celles qui osent exprimer un désir de stérilisation sont souvent mal accueillies par les professionnels.

“J’ai 32 ans, deux grossesses surprises sous deux contraceptifs différents. Bref, j’ai demandé une stérilisation à ma gynécologue qui a refusé malgré le contexte parce que j’étais trop jeune !”, peut-on lire.

Et si un praticien a le droit de refuser de réaliser l’intervention, il doit réorienter sa patiente vers un autre professionnel. Malheureusement, selon les témoignages, ça ne semble pas non plus servir à grand chose.

« J’ai 26 ans, j’ai eu deux fois des jumeaux en 17 mois et je suis sûre de ne plus vouloir d’enfants mais mon gynéco (et trois autres) ne veulent pas en entendre parler avant mes 32-34 ans.”

Si en France on estime que 4,5% des françaises ont eu recours à la stérilisation, le chiffre est faible comparé à d’autres pays étrangers : 8% au Royaume-Uni, 11% au Canada et 22,1% aux Etats-Unis. La stérilisation peine à entrer dans les mœurs comme méthode de contraception. On se demande si le manque de volonté du milieu médical n’y serait pas pour quelque chose…

Une inégalité de traitement flagrante

Si pour une vasectomie, un homme doit passer par le même procédé (délais de quatre mois et confirmation écrite), on constate l’étonnante facilité avec laquelle il peut y avoir recours.

Sur le compte Instagram on peut lire le témoignage d’une maman à qui le gynécologue a refusé la stérilisation. Motif ? Si un jour elle se sépare de son conjoint et qu’elle se met avec un autre homme, elle pourrait avoir envie d’avoir des enfants : « Avec mon mari on en a discuté et il a décidé de se faire une vasectomie… qui lui a été accordé sans souci ! Pourquoi lui n’a pas eu droit au même discours que moi ? »

Le constat est alarmant : les femmes ne peuvent pas décider de leur contraception (malgré la loi) et sont réduites à leur rôle de reproductrices. Un témoignage parle même « d’utérus sur pattes ». À l’inverse, le personnel médical à l’air de poser moins de questions et de problèmes aux hommes quand eux aussi veulent choisir leur contraception.

Le slogan de l’IVG « Mon corps, mon choix, mon droit » pourrait presque s’appliquer ici… 

(Photo à la une : Getty Images)

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