L’érotomanie, un amour fou


Antoine 17 avril 2015

La nana du service courrier au deuxième étage vous reluque de façon un peu appuyée et vous sentez une belle touche se profiler à l’horizon. Foncez ! Mais si vous vous apercevez qu’elle tient un journal détaillant vos faits et gestes ou qu’elle a pris des photos de vous à votre insu, fuyez ! Vous avez peut-être affaire à une érotomane…

Ce trouble psychologique proche du délire paranoïaque et qui touche principalement des femmes (5 fois plus souvent que les hommes) se caractérise par un délire passionnel chronique dans lequel la personne s’imagine être aimée par une autre. L’objet de la passion va classiquement se porter sur quelqu’un d’inaccessible telle qu’une vedette de la télévision ou une personne appartenant à une classe sociale supérieure (médecin, avocat, patron…). Le patient est absolument persuadé d’être aimé en retour et va tenter par tous les moyens d’harmoniser sa névrose obsessionnelle avec une réalité qui lui échappe. Son imagination très fertile va ainsi venir enjoliver les faits. Les petits mots doux glissés sous la porte se multiplient, sans pour autant être suivis d’une quelconque réponse et, malgré tout, chaque geste de la part de l’être aimé est interprété comme un aveu : « Il m’aime, mais n’ose pas me le dire… Son entourage l’aide à cacher ses sentiments… » L’érotomane vit entièrement pour son « amoureux » et rien ne saurait se mettre en travers de leur histoire. Elle peut même aller jusqu’à penser que la personne a choisi de l’aimer, elle, en premier.

Drame en trois actes

On distingue généralement trois grandes phases dans un délire érotomaniaque. Tout d’abord, le patient va connaître une période d’espoir qui pourra durer très longtemps. L’érotomane est persuadé d’être aimé et attend simplement que l’autre personne lui déclare sa flamme.

Ensuite, vient la phase de dépit. Le sujet réalise que l’amour qu’il porte n’est pas réciproque et l’humeur s’en trouve fortement dégradée. La dépression et les idées suicidaires sont courantes lors de cette période.

En dernier lieu, la phase dite de rancune finit par éclore. La déclaration d’amour tant attendue n’est jamais venue et les actes agressifs remplacent l’attente. Dans certains cas, heureusement peu répandus, cela peut aller jusqu’au meurtre.

Les causes

Les raisons de ce délire ne sont pas bien établies et les experts doivent donc s’en remettre à l’hypothèse, se contentant de classer à part les délires érotomaniaques liés à une autre maladie mentale (l’érotomanie secondaire). L’érotomane typique ne présentera pas d’autre pathologie psychiatrique, c’est ce qu’on appelle l’érotomanie primaire. On considère en général que ces malades ont manqué d’affection pendant l’enfance. Après avoir initialement pensé que ce vide venait du père, du fait que les patients étaient principalement des femmes qui projetaient leurs sentiments sur un homme, les psychologues penchent à présent pour une carence affective maternelle. Effectivement, ce serait surtout les traits féminins qui seraient recherchés chez l’être aimé.

Aller mieux

On réalise souvent l’ampleur du problème après la prise en charge du patient. Généralement, lors de la phase de rancune ou de dépit, survient un esclandre qui mène l’érotomane à l’hôpital. On préconise alors une thérapie de groupe afin d’éviter un report de l’érotomanie sur le thérapeute et on obtient de bons résultats. Dans certains cas, l’aide médicamenteuse (antipsychotiques, neuroleptiques) reste nécessaire et on ne soigne malheureusement pas le nœud du problème, même si cela permet de faire disparaître les symptômes.

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À propos de l’auteur

Antoine B.


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