La sexualité à la télé : pourquoi c’est si tabou ?


Sensuelle Estelle 13 octobre 2019

Parler de sexualité à la télévision peut contribuer à l’information des plus jeunes ? Ou bien serait-il trop choquant de le faire ?

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La représentation du sexe à la télévision s’armait de suggestivité. L’arrivée des années 1980, avec l’essor du Minitel, des téléphones « roses » et de ces petites annonces de charme, donne une toute autre tournure de la sexualité à la télé.

Parler ouvertement de sexe à la télévision, la productrice Pascale Breugnot en prenait l’initiative avec Sexy Folie en 1986. En collaboration avec France Roche, Mireille Dumas, Sylvain Augier, Fabrice et Daniela Lumbroso, elle s’inspirait du talk-show PsyShow qu’elle coprésentait avec un psychanalyste, 3 ans auparavant.

Même accueilli sous de mauvais auspices, ce mouvement n’a cessé de prendre une place plus importante sur le petit écran, aux heures tardives généralement. Si bien que Georges Fillioud aux critiques à l’encontre de ces programmes répondait avec humour : « il eut suffit que vous vous couchiez avant 22h10 pour ne pas subir ce que vous trouvez scandaleux. »

À 15h, la sexualité s’invite sur nos écrans

Le culot de l’animatrice Daphné Bürki se remarquerait surtout à 15h10 (un détail !) : son émission Je t’aime etc. décortique les sujets qui gravitent autour de la sexualité comme la taille du pénis, la durée idéale d’un rapport, le sexe chez les ados et aussi plus épineux comme la violence sexuelle. Une heure de grande écoute qui n’est pas au goût de tout le monde, en particulier des parents, notamment Magalie Berdah. Elle s’exprimait sur un extrait de l’émission diffusé dans TPMP, qui illustrait la problématique « peut-on parler de sexe à la télévision librement ? » : « je suis extrêmement choquée. J‘ai 3 enfants à la maison, je suis maman, je fais des crêpes le mercredi après-midi et j’entends dans la télé : fellation, éjaculation précoce, avec l’alcool c’est mieux, on est plus libéré… et je vois ma fille de 8 ans sur le canapé » argumentait-elle.

Entre 4 et 14 ans, les jeunes passent en moyenne 3h par jour devant la télévision, . Les inquiétudes planeraient au dessus de la tête des parents qui font de leurs enfants, les premières « victimes » des émissions jugées trop osées et choquantes : réalisée par Kaiser Family Foundation, une ancienne étude datant de 2001 () rapportait d’ailleurs que trois émissions sur quatre aux heures de grandes écoutes contenaient des références sexuelles.

L’audace de la campagne Viva la Vulva de Nana écope de nombreuses critiques, allant jusqu’au dépôt de plainte : le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) en a récolté plus de 400, d’après . Une pétition en ligne mise en place par change.org rassemble plus de 8000 signatures, visant la suppression de cette pub. « Je trouve cette pub choquante dégradante pour les femmes. De plus les enfants n’ont pas à voir ces images«, « publicité choquante et dérangeante. On ne respecte plus le corps de la femme. Quelle image donne t-on à nos enfants ? Fallait-il aller aussi loin pour vendre un produit ? », « Même ma fille de 12 a dit « c’est abusé » » peut-on lire sous la pétition.

Informer sur la sexualité : une motivation pour certains programmes télés

« On parle de sujets qui préoccupent la planète entière. On est là pour déculpabiliser et répondre sans morale à des interrogations » assure Daphné Bürki. Des interrogations qui résonnent parfois encore dans la tête des jeunes en cruel manque de réponse : plus de 42 % des jeunes (entre 12 et 25 ans) n’ont pas parlé ou ne projettent même pas du tout de parler de sexualité avec leurs parents soit par pudeur (62 %), par jugement (20 %) ou encore par peur (14,4 %).

Résultat ? Beaucoup peuvent se réfugier dans la pornographie en libre accès : . On peut noter que 4,5 % des jeunes de moins de 11 ans ont regardé du porno au moins une fois (4% pour les garçons, 7% pour les filles). En conséquence, des jeunes seraient plus susceptibles de reproduire ce qu’ils voient à l’écran : 42,5% des jeunes (48% des garçons et 37% des filles) pensent que les films ou vidéos pornographiques qu’ils ont vu ont participé à l’apprentissage de leur sexualité. Les scènes peuvent parfois aller extrêmement loin, elle reste un divertissement, ce que les jeunes ne sont pas forcément en mesure de comprendre.

L’application des cours d’éducation sexuelle manquent à l’appel, assurés de manière « parcellaire, inégale, voire inadaptée à la réalité des jeunes ». Bien que cette loi de 2001 stipule que : « une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées, à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène ».

Des plateformes comme ParlonsSexualités abordent la sexualité sans tabou : une nécessité, lorsqu’on apprend que 20 % des jeunes de 15 à 25 ans pensent que le SIDA se transmet en embrassant une personne.

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