Les Grecs et les poils, toute une histoire !


Romain Gracieux 7 décembre 2017

Le poil, un élément très important dans la société grecque…

poil grec

Pierre Brûlé (*), historien, a consacré un ouvrage au poil sous toutes ses formes.

Le cheveu symbolique

Celui-ci est « tout » dans le monde grec, il sert alors un sens symbolique, militaire, politique et religieux. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur la richesse du vocabulaire au moment d’évoquer la chevelure et son soin.
Komê par exemple désigne la chevelure avec une connotation poétique. Komaô, le fait d’être chevelu et Kosmeô, l’action d’arranger,de parer, d’embellir, de mettre en ordre le cheveu.
La liste est très loin d’être exhaustive tant le vocable utilisé est pléthorique.

Un exemple, particulièrement fameux, illustre le soin minutieux que les grecs attachent à leur apparence. Celui des 300 spartiates de Léonidas qui, avant la bataille, veillent à peigner et à prendre soin de leur longue chevelure. Il y a derrière leur geste l’idée centrale dans la Grèce antique du Kalos (le « beau »), de l’esthétisme dirions nous aujourd’hui. Cette notion cruciale se retrouve jusque dans la mort qui doit être « belle » pour l’hoplite.

Le poil, un outil de discrimination

Cette Kosmesis qui distingue et discrimine (le citoyen est chevelu là où l’esclave est rasé) ne se cantonne pas au « visible ». Le soin apporté à l’intimité est déjà très présent et force est de constater que « l’Homme moderne » n’a rien inventé.
Dans une société où la femme grecque se doit d’être la plus blanche possible, elle va donc rivaliser d’imagination pour se débarrasser du « noir » de la toison.

Pour ce faire, elle peut se raser (xureô) ou flamber (apheuô), c’est à dire s’épiler à la lampe à huile pour un résultat plus net et dépouillé. Elle utilise aussi l’arrachage ( Tillô et paratillô), c’est à dire l’épilation classique (poil par poil) après laquelle une pommade ou un liquide parfumé est appliqué pour apaiser l’épiderme. Enfin, elle dispose encore de l’action dépilatoire (pittoô) par le biais d’une substance à base de vigne blanche ou d’emplâtre de poix ( drôpax).

Déjà dans l’antiquité, le soin apporté au pubis ou plus largement au poil, est source de conflits et Thucydide au Ve siècle pointe du doigt le « luxe et l’amollissement ». Des tares qu’on attribue souvent aux asiatiques (comprendre le monde proche-oriental et les cités grecques d’Asie Mineure) ou à l’espace hellénique d’Occident, notamment la Sicile et Tarente au sud de l’Italie. Les habitants de cette dernière sont critiqués pour pratiquer l’épilation masculine.

De même que ceux de l’île de Chios dont on rapproche le soin du poil à la pédérastie. Ils ont la réputation d’être amollis par l’épilation. Un proverbe dit d’ailleurs s’épiler à la mode de Chios ( Khiosti Tillein).

Cette querelle du poil n’est pas pour autant datée deux millénaires et demi plus tard.

* Les sens du poil (grec), éd. Les belles lettres, 2015


A lire aussi : Petite histoire de la dictature de l’épilation pubienne

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